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A - contrario

Le contre-pied de l'info officielle, un oeil critique sur l'actualité.


Réduire la pauvreté pour faire baisser la natalité

Publié par Manalo sur 25 Août 2008, 16:41pm

Catégories : #Kiosque

Afrique
Réduire la pauvreté pour faire baisser la natalité

Un récent ouvrage analyse le lien entre démographie et développement en Afrique subsaharienne. Seules des actions combinées (éducation, santé, planification familiale) permettraient de réduire l'extrême pauvreté de moitié d'ici 2015.

Aujourd'hui, les Africains sont quatre fois plus nombreux qu'en 1950. Parallèlement, en 2004, seuls six pays (Tchad, Guinée équatoriale, Liberia, Éthiopie, Angola et Mozambique) ont obtenu un taux de croissance économique égal ou supérieur à 7 % requis pour atteindre le premier Objectif du millénaire pour le développement (Omd) : réduire de moitié l'extrême pauvreté d'ici 2015. Un ouvrage*, qui vient de paraître, analyse le lien entre démographie et développement.
Selon les dernières projections publiées en 2007 par l'Onu, d'ici cinquante ans, les Africains devraient être 2,6 fois plus nombreux, passant de quelque 700 millions en 2000 à près de 1,8 milliard. L'amélioration générale des conditions de vie et les campagnes de vaccination ont permis en Afrique subsaharienne de remplir, en partie, la première condition de la transition démographique (la baisse de la mortalité), mais la fécondité (5 enfants par femme en moyenne et plus de 7 au Niger) reste élevée. D'ici 2050, seules les Africaines d'une douzaine de pays au sud du Sahara auront 2 enfants en moyenne, dont l'espérance de vie à la naissance sera supérieure à 70 ans.

Cercles vicieux et vertueux
Depuis plus de deux siècles, les spécialistes s'opposent quant à l'impact de la démographie sur le développement : positif pour les uns, négatif pour les autres. Entre les deux, un courant modéré perçoit la forte natalité non comme le seul et unique frein au développement, mais comme un accélérateur de pauvreté. Il faut en effet que le marché du travail soit capable d'absorber une main d'œuvre importante. Ce qui est loin d'être le cas en Afrique, où, entre 2000 et 2030, les demandeurs d'emploi devraient doubler... Les inactifs vont peser de plus en plus lourd sur les économies et les États les plus pauvres seront confrontés à un casse-tête : comment, sans revenus supplémentaires, gérer les ressources naturelles, construire des écoles et des centres de santé pour tous ?
À moyen terme, l'augmentation rapide de la population, associée aux changements climatiques, fait redouter une multiplication des famines (notamment dans le Sahel et la Corne de l'Afrique) et des conflits, ainsi que des pressions migratoires sur les zones urbaines, les régions et les pays les plus riches. D'où un cercle vicieux : forte fécondité, États dépassés, creusement des inégalités, pauvres plus nombreux, qui continuent à faire plus d'enfants dans une stratégie de survie.
Des exemples montrent que cette évolution n'est pas inéluctable. En Afrique de l'Est et en Afrique australe, certains pays ont mis l'accent sur la scolarisation des filles dans le but de retarder l'âge du mariage et de réduire le nombre d'enfants. Ces derniers seront alors mieux soignés, scolarisés et trouveront plus facilement du travail, ce qui devrait dégager davantage de ressources pour leurs pays. D'où un cercle vertueux.

Défis et orientations
Pour changer la donne, l'ouvrage recommande de s'attaquer enfin aux processus d'appauvrissement. Les États, qui, en 1994, à la suite de la Conférence internationale sur la population et le développement du Caire, s'étaient engagés à donner à leurs concitoyens les moyens de gérer leur sexualité et leur fécondité, doivent démocratiser sans attendre l'accès à leurs systèmes de santé et d'éducation, en couvrant mieux leurs territoires grâce à un personnel suffisant, motivé et non corrompu. À l'heure actuelle, six femmes sur dix en Asie et en Amérique latine utilisent une méthode moderne de contraception, moins d'une femme sur dix en Afrique de l'Ouest et du Centre.
Une réorientation de l'aide internationale semble également nécessaire. Le Fonds des Nations unies pour la population estime ainsi, qu'en 2005, l'assistance aux activités de planification familiale ne représentait plus que 3 % des financements consacrés aux programmes de population, contre 73 % pour la lutte contre le Vih/sida.... La priorité n'est certes pas à donner à la seule planification, mais à la lutte contre la pauvreté et les inégalités au sens large. Les progrès enregistrés pourraient alors faire baisser la mortalité infantile - en Afrique subsaharienne, un enfant sur six n'atteint pas son cinquième anniversaire - et donc le nombre d'enfants par femme. La meilleure insertion des jeunes sur le marché du travail entraînerait, elle, une hausse de la productivité, susceptible d'améliorer la répartition des richesses.
De fait, en Afrique, la fécondité baisse sensiblement avec l'augmentation du niveau de vie. Comme ailleurs dans le monde, le contrôle des naissances commence dans les groupes sociaux les plus favorisés. Pourtant, dans la mesure où la pauvreté touche environ 45 % de la population du continent, c'est de l'évolution de la fécondité dans les groupes sociaux les plus pauvres que dépendront l'avenir démographique de l'Afrique et en grande partie son développement.

*L'Afrique face à ses défis démographiques. Un avenir incertain. Sous la direction de Benoît Ferry, AFD/CEPED/Karthala

Par Emmanuel de Solère Stintzy (Syfia/France)
Le 31-07-2008

Le Messager


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