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A - contrario

Le contre-pied de l'info officielle, un oeil critique sur l'actualité.


TCHAD: Mafia à haut “Déby”, le pouvoir pourrit par la tête !

Publié par A - contrario sur 14 Décembre 2014, 04:33am

Catégories : #Actualité

La rupture avant termes contractuels d’une cession de services de production de documents officiels à une société appartenant à un neveu du président, fait polémique au Tchad et contredit éloquemment le discours d’aveux et surtout de bonnes intentions d’Idriss Déby Itno, à l’occasion de la commémoration de ses 24 ans de pouvoir.

Maxwell Naringué Loalngar

Après son discours du 1er décembre 2014, IDI se fait hara-kiri
Après son discours du 1er décembre 2014, IDI se fait hara-kiri

Les Tchadiens se souviennent sans doute bien de la sortie de leur président le 1er décembre dernier. Commémorant le 24ème anniversaire de son accession au pouvoir, Idriss Déby Itno a appelé, en effet, les fonctionnaires à plus de responsabilité et surtout supplié ses compatriotes à cesser la corruption et le vol des deniers publics. Promettant de désormais sévir contre ceux qui continueront à exceller dans ces pratiques.

Une déclaration qui a fait sourire bon nombre de ses compatriotes habitués aux discours forts sans lendemains. Tant il est vrai que les maux contre lesquels Déby s’insurge vont crescendo quand il les dénonce ainsi. Il a maintes fois dénoncé publiquement la mauvaise gouvernance, les détournements de fonds publics, la corruption, la «kermesse du désordre », l’impunité, etc., mais le constat est que rien n’a changé depuis lors. « Le poisson pourrit par la tête », ont rétorqué en chœur la plupart des Tchadiens qui attendent de voir ces discours forts traduits en acte.

Et les actes, Déby n’avait pas attendu son pathétique discours pour les prendre. Du moins, pas ceux attendus ! Mais ceux à contre courant de sa sortie du 1er décembre 2014.

Aux lendemains des manifestations contre la vie chère et la pénurie artificielle du carburant, dans trois grandes villes du pays ayant causé des heurts entre populations civiles et forces de l’ordre, notamment à N’Djaména, Déby, sans doute échaudé, avait pris un acte pour remettre dans le giron de l’État le service de production des documents officiels (cartes d’identité nationale, cartes de résidents étrangers, cartes de commerçants, passeports biométriques sécurisés).

La cession de ce service, en février 2011, à une société du nom de SOGECT (Société générale de commerce, construction et transport ( ?), ndlr), appartenant à un neveu d’Idriss Déby Itno, Abdraman Hassan Mahamat Itno alias Bedey, avait en son temps suscité l’ire de l’opposition et de la société civile qui estimaient inadmissible la privatisation d’un domaine relevant de la souveraineté de l’État. De surcroît faisait-il l’objet du népotisme du président Déby qui accorde toutes les faveurs aux siens faisant d’eux de supers citoyens au-dessus des autres Tchadiens.

Beaucoup interprétaient alors la décision de Déby de rompre le contrat de cession à la SOGECT comme un retour au bon sens pour calmer l’opinion publique tchadienne de plus en plus défavorable à son pouvoir et conjurer le syndrome Burkinabé qui, après la chute de Blaise Compaoré, gagne le reste du continent et naturellement le pays des Sao. Mais que nenni, contrairement à une opinion crédule, c’est à une manœuvre pour le moins déconcertante que s’est livré Idriss Déby Itno. « Un chef d’œuvre qui ferait retourner même Al Capone dans sa tombe », affirme le très bien informé des intrigues du Palais rose, le site Tchadactuel, dans ses « Brèves de N’Djaména » sous le titre « Au voleur, arnaque du siècle ! », le 9 décembre 2014(Le lire ici : http://www.tchadactuel.com/?p=11693 ). Et le site, proche des frères Erdimi, neveux d’Idriss Déby Itno et anciens Raspoutine du palais passés dans l’opposition, d’expliquer, sans écarter la première hypothèse évoquée plus haut, que Déby étant dans le besoin d’un trésor de guerre en liquides, a eu la lumineuse idée de faire rompre le contrat liant l’État à SOGECT, à trois mois de sa fin. Ceci, pour en tirer le bénéfice des dommages et intérêts suite à la rupture abusive de contrat que la société allait demander sous la menace d’un éventuel procès. Laquelle société appartiendrait en réalité à Déby et son frère Timan, Bedey n’en étant que le gérant, servant de personne écran, souligne Tchadactuel qui avance :

"Il y a de cela deux semaines, une idée lumineuse lui a traversé l’esprit. Prenant un air de très mauvaise humeur, Déby convoque le PM (Premier ministre, ndlr) et le somme de résilier immédiatement le contrat qui lie l’État à SOGECT. Le PM sort le dossier et constate que le contrat va finir dans 3 mois. Alors le PM, en bon gratte papier, prend son téléphone et appelle son chef pour lui dire que « le contrat finit dans 3 mois, autant attendre sagement jusqu’à la fin du contrat pour ne plus le reconduire, sinon la société a le droit de poursuivre l’État en justice. » Alors Déby en personne lui sort par les trous de son combiné !! Le PM jette son téléphone et court à la SOGECT pour lui signifier d’arrêter tout de suite l’impression de toute pièce qui porte l’insigne « République du Tchad » et revient dans son bureau pour rédiger la lettre de résiliation de contrat et par la même occasion il informe son Chef que l’ordre a été exécuté"

Tchadactuel

Renversant, n’est-ce pas ?! La suite l’est encore davantage dans la conclusion de Tchadactuel:

"Bedey a attendu sagement jusqu’à ce que les effets d’annonce s’estompent pour aller déposer une demande de dommages et intérêts pour rupture abusive de contrat, au bureau du PM : montant 26 milliards de CFA ! Le PM prend son appareil et informe son chef du montant demandé pour rupture de contrat. A l’autre bout le Chef (Idriss Déby Itno, ndlr) ne semble même pas étonné et dit d’une voix détachée et étonnamment calme, « qu’il faut payer, puisque l’État a tort !!"

Tchadactuel

Vous avez dit « renversant » ? On en perd simplement son latin ! Quelques Tchadiens en ont perdu le leur qu’ils y sont allés simplement de leur patois sur les réseaux sociaux, Facebook notamment !

Pour les incrédules invétérés aux informations du site Tchadactuel qui, en raison des liens très étroits qu’il entretient dans les couloirs du pouvoir à N’Djaména voire du Palais rose, est de loin le mieux informé des sites tchadiens - même si sa restitution peut pêcher souvent dans la forme à l’instar d’ailleurs de la plupart des sites de la blogosphère tchadienne, un autre site tchadien, le blog de l’activiste Makaïla Nguébla qu’on ne présente plus, publie le 10 décembre 2014, le lendemain donc des révélations de Tchadactuel, le fac-similé des documents de la combine faite sur le dos de la République entre Déby et son neveu Bedey (les voir ici: http://makaila.over-blog.com/2014/12/affaire-sogect-tchad-proposition-revoltante-de-bedei-un-proche-d-idriss-deby.html).

Le premier des documents, est une correspondance du ministre de l’Administration du Territoire et de la Sécurité publique, Abderahim Birémé Hamid, en date du 18 novembre 2014, informant la SOGECT de la rupture de contrat au plus tard à la date du 15 décembre 2014. « Après plus de trois (03) ans de partenariat, le gouvernement a décidé d’entreprendre un processus de reprise avant termes contractuels de la gestion des activités de service concédées (production de cartes d’identité nationale, de cartes de résidents étrangers, cartes de commerçants et passeports biométriques sécurisés, ndlr) », indique-t-il avant d’inviter la société à se rapprocher de ses services pour « négocier d’ici le 15 décembre 2014 les termes de la rupture amiable desdits contrats. »

Son collègue des Infrastructures, des Transports et de l’Aviation civile, Adoum Younousmi, en fait autant, le même jour, par une correspondance aux termes presque identiques. Mais qui porte plutôt sur la cession, en date du 10 juillet 2012, du service public de contrôle technique automobile et des documents biométriques sécurisés. Aussi invite-t-il, à son tour, la SOGECT à se rapprocher des services de son ministère pour négocier une rupture amiable avant termes contractuels et ce, à la même date indiquée par son collègue de l’administration territoriale et de la Sécurité publique.

Pour toute réponse qui tient lieu de rapprochement pour négocier la rupture amiable du contrat, Bedey adresse, en date du 22 novembre 2014, au ministre de l’Administration du Territoire et de la Sécurité publique, une correspondance (avec copie pour Déby et son PM pour info) faisant « une offre de règlement dont l’acceptation vaudra transaction entre les parties. » Sans plus ni moins !

Au bas mot, la SOGECT réclame, au titre des services qu’elle devait assurer jusqu’à l’échéance normale des divers contrats, près de 9 milliards FCFA (8. 975. 066 352 FCFA exactement) ; plus 25 milliards FCFA au titre de dommages pour licenciement abusif de ses employés nationaux et rupture abusive de contrat avec ses partenaires internationaux qui s’apprêteraient à lui intenter un procès en justice. Soit en tout, près de 34 milliards FCFA (33. 975. 066 352 FCFA exactement) !

« Telles sont les demandes de la SOGECT – TCHAD dont une réponse positive de l’État permettra d’archiver le dossier » ( !), souligne Bedey qui conclut sa lettre d’une manière aussi renversante que l’est la combine :

"Avec espoir que vous donnerez une suite idoine et prompte à cette offre, la SOGECT – TCHAD se saisie de cette occasion pour remercier le gouvernement de la République du Tchad pour la très grande confiance qu’il a eu à placer en elle et se tient toujours à sa disposition pour des missions similaires dans l’intérêt supérieur du peuple tchadien et du Tchad Renaissant qui marche avec les entreprises nationales."

"Cette proposition de règlement à l’amiable est d'autant plus révoltante qu'il n'avait jamais versé la part de l'Etat de 10% sur la base de ce contrat irrégulier", commente Makaïla Nguébla sur son site, avant d'ajouter, reprenant une source proche du dossier ayant requis l'anonymat : "Nous pensons pour notre part, que c'est un subterfuge de Déby pour soutirer à l'Etat les 33 000 000 000 de francs CFA et les donner à son neveu Bedey"

Le blog de Makaïla

La société civile, celle réunie notamment au sein de la coalition « Trop c’est Trop » qui vient de voir le jour, entendait dénoncer cette affaire au cours d’une conférence de presse publique qu’elle devait tenir ce samedi à N’Djaména. Mais sous la pression des autorités, le Centre pour la formation et le Développement (Cefod), qui devait servir de lieu de conférence, lui aurait signifié qu’il ne pouvait plus lui prêter ses locaux. Pendant que les différents responsables de la coalition, menacés et recherchés par les services de sécurité d’État, seraient entrés dans la clandestinité ces dernières vingt-quatre heures, selon des alertes dont ont fait état certains milieux Tchadiens dont le Groupe des Patriotes tchadiens d'Europe (GPTE) qui relaie activement en France notamment et sur les réseaux sociaux la lutte de la société civile tchadienne intérieure.

Le président Idriss Déby Itno, après son discours du 1er décembre, adressait pourtant encore ce vendredi 11 décembre 2014, au cours d’un conseil des ministres, selon le site Alwhida Infos, une « sévère et dernière mise en garde contre la mauvaise gestion des ressources financières, humaines et la corruption », promettant ne « plus tolérer des comportements déviants dans la gestion de la chose publique ! » À l’évidence, il se fait, comme souvent, hara-kiri.

Les Tchadiens attendaient de lui des actes qui matérialisent sa sortie du 1er décembre. Mais apparemment ils n’ont pas compris que poser des actes signifie, pour Idriss Déby Itno, chaque fois qu’il dénonce les maux du pays, « enfoncer le clou » ! De quoi conforter les sceptiques qui n’appréhendent le bout du tunnel que par son départ et, en conséquence, celui de son système, du pouvoir.

Au Tchad, le pouvoir, heu..., le poisson, pourrit donc bien par la tête !

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