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A - contrario

Le contre-pied de l'info officielle, un oeil critique sur l'actualité.


Au Tchad, elle est de retour: la guerre!

Publié par Manalo sur 16 Juin 2008, 23:03pm

Catégories : #Actualité

Au Tchad, ce qui peut tenir lieu de saison de compétition, comme c'est le cas chez les sportifs, semble désormais rouverte: la guerre! A défaut de voir ses sportifs briller sur les stades internationaux, même si les Sao (le nom des sélections sportives nationales) ont fait bonne figure ce week-end en coupe de la Cemac et de la CAN/Mondial 2010, ou ses melomanes sur les poduims, le sport favori des Tchadiens ou leur musique favorite, comme ils aiment à le dire ironiquement pour déplorer le spectacle des seigneurs de guerre, sinon les deux, sont résolument relancés ces derniers jours.
Le 13 juin dernier, partis de leurs bases arrières au Darfour soudanais, des rebelles réunis au sein de l'Alliance nationale ont attaqué la localité de Goz-Béïda, à l'est du pays. Rapidement prise, la localité a été vidée par ces rebelles qui disent ne pas vouloir garder des villes mais affichent leur ferme intention de prendre N'Djaména symbole du pouvoir d'Idriss Déby Itno qu'ils combattent depuis plusieurs mois et qu'ils veulent à tout prix renverser. Ainsi sont-ils passés le lendemain à d'autres villes occupées aussi brièvement ou non pour être signalés ce lundi dans la localité de Biltine au nord de la forteresse d'Abéché bouclée ce soir par l'armée tchadienne pour prévenir toute attaque surprise. Les autres villes d'Amtiman, d'Am-Dam, de Mangalmé et Oumhadjer étant annoncées sous leur contrôle, celle de Mongo risquant de tomber dans leur escarcelle avec pour possible conséquence d'ouvrir la voie royale de N'Djaména où, au terme d'un raid fulgurant, les rebelles étaient déjà parvenus en février dernier, faisant le siège du palais présidentiel bunkérisé dans lequel s'était réfugié le président Déby, avant d'être repoussé grâce à l'appui décisif de l'armée française.

Les autorités tchadiennes, visiblement plus présentes dans la guerre des ondes que celle de terrain, affirment ce lundi, non sans contradictions diffuses dans leur discours, contrôler la situation, démentant la montée en puissance des rebelles sur les villes vers N'Djaména. Affirmations d'autant plus équivoques que le président Déby, qui peine à cacher son désarroi et celui de son armée, s'en est fendu, par un discours radio-télévisé ce soir à N'Djaména, contre le contingent européen Eufor déployé à l'est du Tchad pour protéger les camps de réfugiés darfouris et de déplacés tchadiens. Lequel contingent il accuse de fermer les yeux sur les activités des rebelles, allant jusqu'à remettre en cause son "utilité" et sa "présence" au Tchad.
Le président Tchadien semble s'offusquer, en réalité, de la neutralité affichée ces derniers jours par l'Eufor qui, non seulement ne bouge pas au passage des rebelles, mais refuse par ailleurs, selon certaines sources, de donner des informations sur leurs mouvements à l'état-major tchadien.
La sortie à peine voilée de Déby vise aussi la France dont le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, a écarté toute intervention de son pays dans le conflit en cours. Déclaration qui semble, pour l'heure, être suivie sur le terrain car, selon des indiscrétions, des renseignements sur le mouvement des rebelles, jadis livrés volontiers par le dispositif Epervier à l'armée tchadienne, se font plus rares ces derniers jours: "RAS, nous n'avons rien vu", semble être le message recurrent livré aux généraux tchadiens ces temps-ci.
Une convocation, en haut lieu, à N'Djaména, la veille, des officiers français et de l'Eufor pour demander à leurs éléments sur le terrain de transmettre des renseignements serait restée sans suite. La fin de non recevoir irriterait le président Déby que l'on dit aux "abois" depuis le lancement des nouvelles offensives rebelles. Ce qui expliquerait donc sa sortie musclée contre l'Eufor ce lundi soir. Cela marque un nouvel tournant dans un conflit qui ne cesse d'être larvé et dont l'issue, jusque-là, n'a pas été fatale pour Déby en partie grâce au soutien multiforme de ses parrains européens, français notamment qui avaient essuyé toutes les critiques en février dernier lorsqu'ils aidèrent Déby, assiègé dans son palais, à sauver sa tête. Ce qui conforte les rebelles qui n'ont pas manqué de saluer la nouvelle position de Paris dont on se demande si elle sera maintenue quoi qu'il advienne. La suite de la nouvelle saison guerrière de l'année, ou plutôt de la énième symphonie belliqueuse tchadienne, quatre mois après la première, nous renseignera sur le dégré de la neutralité de Paris et de ses alliés européens venus au secours des réfugiés et non du soldat Déby. La manoeuvre est, en tout état de cause, délicate pour l'Eufor car tous les observateurs attendent de mesurer l'honnêteté de Sarkozy et ses pairs européens qui ont clairônné sur le toit du monde que l'Eufor sera, à l'est du Tchad, tout sauf une force de sauvetage pour le soldat Déby. Pour sûr, à la moindre compromission les critiques fuseront de partout. Exercice que Paris semble vouloir désormais éviter, Kouchner ayant annoncé les couleurs. Pendant que les observateurs sont à leurs jumelles. L'imbroglio tchadien n'a jamais mérité autant son nom. A suivre donc!


Manalo

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