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A - contrario

Le contre-pied de l'info officielle, un oeil critique sur l'actualité.


La décolonisation à petites touches et moindre frais

Publié par Manalo sur 24 Mars 2008, 11:59am

Catégories : #Actualité

"Pour un Tchad libre, démocratique, véritablement indépendant et définitivement décolonisé." Ce slogan - tout un programme, le monde entier, suite aux événements du début février au Tchad, en a été abreuvé. Relayé par des sites internets et autres médias internationaux, il a été le mot d'ordre de nombreuses manifestations organisées dans certaines grandes villes et capitales occidentales. Ceci, à l'appel du Collectif des Tchadiens de l'étranger soutenu par des associations africaines et françaises dont la très remarquable "Survie-Agir-Ici" de feu Xavier Verschave.

Ces manifestants réclamaient la libération des opposants enlévés dans la foulée du retrait des rebelles de la capitale tchadienne, par des éléments de la garde présidentielle d'Idriss Déby Itno retranché alors dans son fameux Palais rose bunkérisé; dénonçaient l'implication honteuse de la France dans le conflit tchadien, son soutien au dictateur honni et vomi par tout un peuple; et exigeaient la tenue d'un forum national inclusif de paix et de réconciliation nationale, préalable à l'instauration d'un Etat de droit, démocratique, étape vers une indépendance réelle du Tchad désormais pris en main par ses vrais fils décidés à en finir avec le néo-colonialisme français ou sarkozyen par trop nuisible à ce pays deux fois grand comme la France, pourtant riche mais qui pâtit depuis 40 ans de guerre larvée.

Dans ce labyrinthe françafricain qui résiste fort aux assauts libertaires des peuples épris de justice, rendre le Tchad "véritablement indépendant et définitivement décolonisé" n'est pas chose impossible mais reste tout un programme, onéreux. En moyens, en actions et en sacrifice! Jean-Marie Bockel, pourfendeur annoncé d'une "Françafrique" dont il n'écrira et ne signera plus "l'acte de décès", en sait bien quelque chose pour s'être fait sacrifié sur l'autel des bonnes intentions. Un signal fort, s'il en est besoin, à l'endroit d'illuminés aspirant au déboulonnement de ce diable de "machin" . Pourtant, rendre véritablement indépendants et définitivement décolonisés nos pays sous les tropiques s'impose aux peuples africains. Il s'inscrit même comme l'un des combats sinon le plus important au cours de ce siècle. Il est la condition de la survie de nos Etats et de nos peuples condamnés autrement à demeurer au ban du monde par des puissances occidentales soucieuses uniquement de l'exploitation à moindre frais de nos ressources via des tyranneaux à leurs bottes.

S'attaquer de front aujourd'hui au néo-colonialisme avec comme seule arme la bonne volonté est cependant insuffisante. L'hibernation dans laquelle semblent retomber aujourd'hui les Tchadiens de l'étranger, après la formidable et spontanée mobilisation suscitée par des jeunes enragés, en occident en février dernier, pendant qu'à N'Djaména les populations, terrifiées par le déchaînement des combattants de Déby "ensauvaginés" par la réclusion forcée par la hargne des rebelles sur la ville, se résignaient, apathiques, en dit long sur les limites du sacrifice sans "armes". Mais avec les petits moyens, les petits actes, comme le fait la fourmi, on peut y arriver.
Donner à notre tour un signal, fût-il modeste, mais fort de sens est à ce titre possible. Il faut s'attaquer aux symboles du néo-colonialisme encore présents chez nous. Les anciens colons étaient partis, dans les années soixante, mais les nombreux édifices, lieux et routes baptisés en leur nom disaient bien et disent encore bien aujourd'hui leur présence et l'inexistence d'une Afrique décolonisée.
Il est temps, à présent, comme premier déclic au refus du néo-colonialisme et à la réelle décolonisation de nos pays, d'effacer ces noms qui font encore de nos places et demeures des lieux métropolitains.


Ils sont nombreux ces lieux-là, un peu partout en Afrique. Au Tchad, et à N'Djaména notamment, nous avons les avenues, rues ou boulevards dits Charles degaulle, Pompidou, Scholsher, Lamy etc. Nos autorités, inféodées à Paris et à la Françafrique, ne prendront jamais sur eux de débaptiser ces lieux mais il semble que le citoyen lambda a cette force sourde mais agissante pour le faire.
Rendre alors le Tchad "définitivement décolonisé" peut commencer pour nous, simples citoyens, à ce niveau. Il faudra dorénavant cesser, par exemple, d'appeler l'avenue Charles Degaulle, la plus connue et empruntée d'ailleurs de N'Djaména, du nom de celui à l'appel duquel, un certain 18 juin 1940, les dignes fils du Tchad (nos parents) avaient répondu et s'en étaient allés, dans la colone blindée "Leclerc", libérer Strasbourg ouvrant la brêche aux alliés pour sortir Paris et toute la France du joug nazi. Et comme pour mémoriser à jamais la grande émotion vécue et partagée par nous tous à travers le monde ces jours de février 2008, rébaptisons-la, dans notre conscience collective, en l'appelant désormais: "Avenue Ibni Oumar Mahamat Saleh." Nous refusons que le porte-parole de la Coordination des partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC), soit assassiné par les sbires du "protectorat" français du Tchad. Mais un tel acte, en même temps qu'il exige la vérité sur son sort et sa libération, sonne comme notre refus collectif de la tyrannie  nèo-colonialiste qui baîllonne tout un peuple.
Faire de ceux qui nous défendent les "mythes vivants" de notre refus du néo-colonialisme et de notre soif inextinguible d'indépendance le meilleur signal annonciateur du réveil inéluctable des masses opprimées.
Une telle attitude de notre part, chargée de symbole, sera fort significative. Premiers à avoir répondu à l'appel du général Degaulle, soyons les premiers à rompre ainsi avec la France, libérée avec du sang africain et leguée par l'homme du 18 juin 1940 à ses successeurs "co-oppresseurs" des descendants de leurs libérateurs.

Aussi est-il vain d'attendre les fallacieuses promesses d'une folklorique rupture claironnée à tout va. Allons au devant d'elle: rompons de nous-mêmes le lien incestueux entre la France et nos Etats! En bannissant de nos lieux les noms qui insultent notre existence d'êtres aspirant à la liberté, à l'indépendance et à la dignité tout court.


Les habitants du quartier n'djaménois de Moursal nous servent, dans l'histoire politique récente du Tchad, un exemple qui incite à l'épisode premier de l'acte I de la "dé-néocolonisation" appelée ainsi de tous les voeux. Dans ce quartier, à l'intersection de l'avenue Mobutu et du Boulevard des Sao, il y a un rond-point jadis appelé Rond-point des Sao. Mais un jour de 1993, un des illustres fils de ce pays, M'Baïlao Mianbé,  responsable du Comité de Démobilisation et de Réinsertion (CDR) de l'armée, est froidement assassiné sur l'avenue Charles Degaulle (décidément symbole de l'oppression!) par des éléments de la fameuse GR(Garde républicaine) mécontents de voir l'armée clanique dégraissée au profit d'une armée nationale souhaitée par tous. Un programme soutenu et financé par la France, muette à ll'occasion, soit dit en passant.

Révoltés, les jeunes de ce quartier s'opposent à la Garde républicaine de Déby et lancent des actions contre notamment le camp de la gendarmérie de leur arrondissement. Tout le quartier est en état de résistance et de guérilla urbaine jusqu'à ce que des hommes politiques de l'opposition, non armée (parmi lesquels ceux qui viennent d'entrer au gouvernement de YSA), usant de leur droit d'aînesse, dissuadent ces jeunes d'aller plus loin et de rentrer leur colère. Mais, entretemps, ceux-ci réussirent à tuer quelques militaires de la GR dont deux, à moto,  battus et brûlés vifs, au fameux Rond-point des Sao qui depuis lors fut rébaptisé "Rond-point de la Mort".

Les autorités firent tout pour que l'on cesse d'appeler ainsi ce rond-point mais que nenni. Lasses de la surdité des habitants, elles profitent du centenaire de la ville, en avril 2000, pour le rébaptiser officiellement  "Rond-point du Centenaire". Mais mal leur en a pris, dans la bouche de la majorité des N'Djaménois ce rond-point est demeuré celui "de la Mort"!  Voilà un bel exemple de résistance douce, sans armes et chars, à la sauvagerie du pouvoir d'Idriss Déby Itno soutenu par la métropole néo-colonialiste.

Bienvenue, avenues Ibni Oumar Mahamat Saleh, Lol Mahamat Choa, Yorongar Ngarléjy Le-Moïban - nos "mythes vivants"; Joseph Béhidi, Bisso Mamadou, M'baïlao Mianbé, Mahamat Guetti, Youssouf Togoïmi, Laokein Bardé, Outel Bono, illustres assassinés de la Françafrique; adieu avenues Charles Degaulle, Pompidou, Scholescher, etc. !
Rendre le Tchad "définitivement décolonisé" semble commencer ainsi. Par ces actes de résistance douce qui ne manqueront pas d'adeptes tant le peuple en a ras-le-bol de la France et de son protégé Idriss Déby Itno. Vivement le Tchad libre, démocratique, véritablement indépendant et "définitivement décolonisé" ! Par petites touches et à moindre frais, ce n'est pas mal de décoloniser ainsi.

Manalo

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